Grossesse gémellaire : pourquoi le suivi échographique est différent
Une grossesse gémellaire impose un rythme de surveillance renforcé, dès le 1er trimestre. Explications sur ce qui change à chaque étape, par une sage-femme échographiste à Boulogne-Billancourt.
Joséphine Busson
Sage-femme échographiste
Vous venez d’apprendre que vous attendez des jumeaux, et une question revient vite : pourquoi votre suivi va-t-il être différent de celui d’une grossesse simple ? La réponse tient en un mot, chorionicité, et en une conséquence directe : plus d’échographies, à un rythme plus resserré. En tant que sage-femme échographiste au Centre d’Échographie du Château à Boulogne-Billancourt, je réalise régulièrement le suivi de grossesses gémellaires, et c’est une des situations où l’échographie change le plus concrètement le calendrier de vos rendez-vous. Voici ce qui distingue ce suivi, trimestre par trimestre, et pourquoi il est construit ainsi.
Pourquoi une grossesse gémellaire change-t-elle tout le suivi ?
Une grossesse multiple n’est pas simplement « deux fois la même grossesse ». Le risque de certaines complications — accouchement prématuré, retard de croissance, troubles spécifiques liés au partage du placenta — y est plus élevé que dans une grossesse simple. La surveillance échographique est donc renforcée pour détecter tôt un écart d’évolution entre les deux fœtus, adapter le rythme des contrôles et orienter, si besoin, vers un centre spécialisé. Ce n’est pas une grossesse « à risque » par principe : c’est une grossesse qui justifie une vigilance méthodique, encadrée par les recommandations du Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français (CNGOF).
Qu’est-ce que la chorionicité, et pourquoi détermine-t-elle tout ?
La chorionicité désigne le nombre de placentas de la grossesse gémellaire. Deux situations principales existent :
- Grossesse bichoriale : chaque jumeau a son propre placenta. C’est la situation la plus fréquente, notamment en cas de jumeaux dits « faux jumeaux » (deux ovules fécondés séparément), mais elle peut aussi concerner de « vrais jumeaux » selon le moment de la division de l’embryon.
- Grossesse monochoriale : les deux jumeaux partagent le même placenta. Cette situation concerne uniquement les grossesses monozygotes (un seul ovule fécondé, qui se divise ensuite) et nécessite une surveillance plus rapprochée, car le partage d’un même réseau vasculaire placentaire peut entraîner des déséquilibres entre les deux fœtus.
Cette distinction se détermine à l’échographie du premier trimestre, dans une fenêtre de temps précise que je détaille plus bas. C’est la mesure la plus déterminante de tout le suivi gémellaire : elle conditionne le rythme de tous les rendez-vous suivants, jusqu’à l’accouchement.
Comment détermine-t-on la chorionicité à l’échographie ?
Entre 11 et 14 SA, au moment de l’échographie du 1er trimestre, j’observe la zone où les deux membranes séparant les jumeaux rejoignent le placenta. Deux aspects caractéristiques permettent de trancher :
- le signe du lambda (aspect triangulaire épais à la jonction des membranes) signe une grossesse bichoriale ;
- le signe du T (jonction fine, en angle droit) signe une grossesse monochoriale.
Ce signe est net et fiable dans cette fenêtre précoce, mais il s’estompe progressivement avec l’avancée de la grossesse : au-delà de 14 SA, la distinction devient nettement plus difficile à établir avec certitude. C’est pourquoi l’échographie gémellaire du 1er trimestre est un rendez-vous que l’on ne repousse pas : c’est la seule fenêtre réellement fiable pour cette détermination.
Quel est le rythme de surveillance selon la chorionicité ?
C’est ici que le suivi diverge concrètement entre les deux situations, conformément aux recommandations du CNGOF :
- Grossesse bichoriale : une échographie environ toutes les 4 semaines, à partir de la confirmation de la chorionicité, jusqu’à l’accouchement.
- Grossesse monochoriale : une échographie environ toutes les 2 semaines à partir de 16 SA, en raison du risque propre à cette situation, en particulier le syndrome transfuseur-transfusé (une complication rare mais spécifique aux grossesses monochoriales, sur laquelle je reviendrai dans un prochain article).
Ce rythme plus soutenu pour les grossesses monochoriales n’est pas une précaution excessive : il permet de repérer précocement un déséquilibre entre les deux jumeaux et d’adresser rapidement vers un centre pluridisciplinaire de diagnostic prénatal (CPDPN) si nécessaire. Dans l’immense majorité des cas, ce suivi rapproché se déroule sans complication détectée et rassure à chaque étape.
Que surveille-t-on précisément à chaque échographie ?
Au-delà de la biométrie classique (mesure de chaque fœtus), le suivi gémellaire porte une attention particulière à des éléments spécifiques à la grossesse multiple :
- la croissance de chaque jumeau, comparée à des courbes de référence adaptées aux grossesses gémellaires (et non aux courbes des grossesses simples, car la croissance fœtale y suit une dynamique légèrement différente en fin de grossesse) ;
- la discordance de poids estimé entre les deux fœtus : un écart jugé significatif entre les deux poids estimés peut orienter vers une surveillance renforcée ;
- la quantité de liquide amniotique de chaque poche, en particulier pour les grossesses monochoriales, où un déséquilibre de liquide entre les deux jumeaux est l’un des premiers signes d’alerte ;
- la position de chaque fœtus et l’insertion placentaire, des éléments qui prennent de l’importance en fin de grossesse pour anticiper les modalités d’accouchement.
Ce niveau de détail explique pourquoi une échographie gémellaire prend généralement plus de temps qu’une échographie de grossesse simple : il s’agit en réalité d’examiner deux fœtus avec la même rigueur, en tenant compte de leurs interactions.
Le suivi diffère-t-il aussi au 2e et au 3e trimestre ?
Oui, sur deux points principaux. D’abord, la fréquence des contrôles reste supérieure à celle d’une grossesse simple tout au long de la grossesse, avec des échographies gémellaires dédiées au 2e trimestre et au 3e trimestre, en complément — et non en remplacement — des échographies dites « officielles » recommandées à chaque trimestre. Ensuite, la surveillance de la croissance devient centrale en fin de grossesse : au 3e trimestre, un contrôle de croissance et parfois un Doppler peuvent être demandés plus fréquemment que dans une grossesse simple, pour s’assurer que les deux jumeaux continuent de bien grandir jusqu’au terme prévu pour l’accouchement.
Repères techniques
Cette section s’adresse en particulier aux professionnels prescripteurs (sages-femmes, médecins généralistes, gynécologues) qui orientent une patiente en début de grossesse gémellaire.
| Paramètre | Repère |
|---|---|
| Fenêtre de détermination de la chorionicité | 11 SA à 13 SA + 6 jours (fiabilité maximale avant 14 SA) |
| Signe échographique bichoriale | Signe du lambda (jonction membranaire épaisse en triangle) |
| Signe échographique monochoriale | Signe du T (jonction membranaire fine, angle droit) |
| Rythme de surveillance — bichoriale | Environ toutes les 4 semaines |
| Rythme de surveillance — monochoriale | Environ toutes les 2 semaines à partir de 16 SA |
| Courbes de croissance | Courbes spécifiques aux grossesses gémellaires (distinctes des courbes de grossesse simple) |
| Élément de vigilance monochoriale | Discordance de liquide amniotique entre les deux poches (signe d’appel de syndrome transfuseur-transfusé) |
| Adressage spécialisé | CPDPN en cas de discordance de croissance significative, de déséquilibre de liquide amniotique ou de doute diagnostique sur la chorionicité |
Ces repères s’appuient sur les recommandations du CNGOF relatives au suivi des grossesses gémellaires. Ils ne se substituent pas à une évaluation individualisée : le rythme exact de surveillance est toujours adapté par l’équipe qui vous suit, en fonction de l’évolution propre à votre grossesse.
Où réaliser le suivi échographique d’une grossesse gémellaire à Boulogne-Billancourt ?
Je réalise le suivi échographique des grossesses gémellaires au Centre d’Échographie du Château, 134 rue du Château, à Boulogne-Billancourt. En tant que sage-femme échographiste titulaire du D.I.U. d’échographie gynécologique et obstétricale (Université Paris V, parcours Necker) et membre du Conseil d’Administration du CFEF, j’accorde une attention particulière à la détermination précise de la chorionicité dès le premier trimestre, car c’est elle qui structure tout le calendrier de votre suivi. Le cabinet est facilement accessible en métro, par la ligne 9 (station Marcel Sembat) et par la ligne 10 (station Jean Jaurès, au pied du cabinet).
Questions fréquentes
Peut-on changer de chorionicité au cours de la grossesse ?
Non, la chorionicité est déterminée au moment de la division de l’œuf, très tôt dans la grossesse, et ne change pas ensuite. C’est le signe échographique qui devient plus difficile à lire avec le temps — pas la chorionicité elle-même. D’où l’importance de la documenter précisément entre 11 et 14 SA.
Une grossesse gémellaire monochoriale est-elle automatiquement à risque ?
Elle nécessite une surveillance plus rapprochée, mais cela ne signifie pas qu’une complication va nécessairement survenir. La majorité des grossesses monochoriales évoluent normalement sous surveillance échographique régulière, précisément conçue pour détecter tôt un éventuel déséquilibre.
Combien d’échographies au total pour une grossesse gémellaire ?
Le nombre exact dépend de la chorionicité et de l’évolution de la grossesse, mais il est systématiquement supérieur aux trois échographies recommandées pour une grossesse simple. Votre équipe de suivi vous communique le calendrier précis dès la confirmation de la chorionicité.
Peut-on connaître le sexe de chaque jumeau lors du suivi gémellaire ?
Comme pour une grossesse simple, le sexe de chaque fœtus peut être visualisé à partir de l’échographie morphologique du 2e trimestre, sous réserve d’une position favorable de chacun des deux bébés.
Faut-il un suivi obstétrical spécifique en plus de l’échographie ?
Oui : la surveillance échographique renforcée s’inscrit dans un suivi global de la grossesse gémellaire, coordonné avec votre sage-femme ou votre gynécologue-obstétricien, qui adapte l’ensemble du parcours (consultations, examens complémentaires, orientation vers la maternité) en fonction de la chorionicité et de l’évolution constatée à chaque échographie.
Vous attendez des jumeaux et souhaitez organiser votre suivi échographique ? Je vous accompagne à chaque étape, avec la rigueur qu’impose une grossesse gémellaire, au Centre d’Échographie du Château à Boulogne-Billancourt. Prenez rendez-vous directement sur Doctolib.
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Article rédigé par
Joséphine Busson
Sage-femme échographiste au Centre d'Échographie du Château à Boulogne-Billancourt, diplômée du D.I.U. d'échographie gynécologique et obstétricale Paris V / Necker, membre du Conseil d'Administration du CFEF.
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