Syndrome transfuseur-transfusé : le dépistage échographique
Complication propre aux grossesses gémellaires monochoriales, le syndrome transfuseur-transfusé se dépiste par échographie. Explications par une sage-femme échographiste à Boulogne-Billancourt.
Joséphine Busson
Sage-femme échographiste
Si vous attendez des jumeaux qui partagent le même placenta — une grossesse dite monochoriale — vous avez peut-être déjà entendu parler du syndrome transfuseur-transfusé. C’est une complication réelle, mais souvent mal expliquée, et le terme inquiète bien plus qu’il ne le devrait. En tant que sage-femme échographiste au Centre d’Échographie du Château à Boulogne-Billancourt, je détermine la chorionicité au 1er trimestre : c’est cet examen qui identifie les grossesses concernées et permet d’organiser, le cas échéant, la surveillance spécialisée qu’elles justifient. Voici ce que recouvre ce syndrome, sur quels signes il se dépiste, et pourquoi sa surveillance comme son suivi relèvent de centres spécialisés.
Qu’est-ce que le syndrome transfuseur-transfusé ?
Le syndrome transfuseur-transfusé (STT) est un déséquilibre de la circulation sanguine entre deux jumeaux qui partagent le même placenta. Ce placenta commun contient des connexions vasculaires, appelées anastomoses, qui relient normalement les circulations des deux fœtus sans poser de problème : la plupart de ces connexions sont bidirectionnelles et s’équilibrent naturellement. Le STT survient lorsqu’une anastomose fonctionne dans un seul sens, sans anastomose compensatrice pour rééquilibrer les échanges. L’un des jumeaux — le donneur — cède alors plus de sang qu’il n’en reçoit, tandis que l’autre — le receveur — en reçoit davantage qu’il n’en cède. Ce déséquilibre circulatoire retentit ensuite sur la quantité de liquide amniotique de chacun, ce qui est précisément ce que l’échographie permet de repérer.
Pourquoi ce syndrome ne concerne-t-il que les grossesses monochoriales ?
Le STT est une complication exclusive des grossesses monochoriales : il suppose un placenta unique traversé par des anastomoses vasculaires communes aux deux fœtus. Une grossesse bichoriale, où chaque jumeau dispose de son propre placenta, n’y expose pas, faute de circulation partagée. C’est l’une des raisons pour lesquelles la détermination de la chorionicité au premier trimestre est si structurante : elle indique d’emblée si cette surveillance spécifique devra être mise en place. Le STT touche environ 10 à 15 % des grossesses gémellaires monochoriales, le plus souvent entre 16 et 26 SA. C’est précisément une période où les trois échographies recommandées pour une grossesse simple ne suffiraient pas : une surveillance dédiée, bien plus rapprochée, est nécessaire.
Comment ce syndrome est-il dépisté à l’échographie ?
Le dépistage repose sur la mesure de la grande citerne, c’est-à-dire la plus grande poche de liquide amniotique mesurable, dans chacune des deux poches amniotiques :
- chez le jumeau receveur, un excès de liquide (polyhydramnios, grande citerne généralement supérieure à 8 cm) ;
- chez le jumeau donneur, une quantité réduite de liquide (oligoamnios, grande citerne généralement inférieure à 2 cm).
L’examen s’attache également à la vessie du donneur : réduite ou non visible, elle traduit une diminution de sa production d’urine, cohérente avec l’hypovolémie qui l’affecte. Dans les formes marquées, le jumeau donneur, entouré d’un volume de liquide très réduit, peut sembler « collé » à la paroi utérine, avec une mobilité nettement diminuée par rapport à son co-jumeau. Ces éléments, associés à une discordance de croissance entre les deux fœtus, orientent vers le diagnostic — qui est ensuite confirmé et classé lors d’une échographie spécialisée en centre de médecine fœtale, avec une étude Doppler complète des deux circulations fœtales.
Quels sont les stades de sévérité du syndrome transfuseur-transfusé ?
Une fois le diagnostic posé, le syndrome est classé selon la classification de Quintero, qui distingue cinq stades de gravité croissante, du stade I (discordance de liquide amniotique isolée, vessie du donneur encore visible) au stade V (décès d’un des deux jumeaux ou des deux). Entre ces deux extrêmes, la disparition de la vessie du donneur, puis l’apparition d’anomalies au Doppler ou de signes d’anasarque (accumulation de liquide dans les tissus fœtaux) marquent une aggravation progressive. Cette classification, utilisée par tous les centres de médecine fœtale, guide la décision d’une prise en charge spécialisée et son degré d’urgence.
Quel est le rythme de surveillance recommandé ?
Toute grossesse gémellaire monochoriale fait l’objet d’une échographie environ toutes les deux semaines à partir de 16 SA, précisément pour détecter un STT à un stade précoce, avant l’apparition de signes de gravité. Ce rythme, plus soutenu que celui d’une grossesse bichoriale, n’est pas propre au dépistage du STT : il permet aussi de surveiller la croissance de chaque jumeau et l’apparition d’une éventuelle discordance entre les deux. Cette surveillance rapprochée est organisée par l’équipe qui suit la grossesse, en lien avec un centre de médecine fœtale : elle suppose une expertise spécifique et un accès rapide à un avis spécialisé en cas d’anomalie. C’est la comparaison régulière des deux quantités de liquide amniotique qui en constitue le geste central — une mesure simple, mais déterminante, répétée systématiquement même lorsque la grossesse évolue normalement.
Quelle prise en charge en cas de syndrome transfuseur-transfusé confirmé ?
Dès qu’un STT est suspecté à l’échographie, l’orientation se fait vers un centre pluridisciplinaire de diagnostic prénatal (CPDPN) ou un centre de médecine fœtale, qui confirme le diagnostic, précise le stade et propose la prise en charge adaptée à la situation. Pour les formes significatives, le traitement de référence est la photocoagulation laser des anastomoses placentaires, réalisée par fœtoscopie dans un centre spécialisé : elle interrompt les connexions vasculaires anormales à l’origine du déséquilibre. Le suivi d’un syndrome transfuseur-transfusé confirmé est ensuite assuré exclusivement par ces équipes spécialisées, qui disposent du plateau technique et de l’expertise nécessaires : il ne se poursuit pas en cabinet de ville.
Repères techniques
Cette section s’adresse en particulier aux professionnels prescripteurs (sages-femmes, médecins généralistes, gynécologues) suivant une grossesse gémellaire monochoriale.
| Paramètre | Repère |
|---|---|
| Population concernée | Grossesses monochoriales exclusivement |
| Fréquence | Environ 10 à 15 % des grossesses monochoriales |
| Fenêtre de survenue habituelle | Le plus souvent entre 16 et 26 SA |
| Critère receveur | Polyhydramnios — grande citerne généralement > 8 cm |
| Critère donneur | Oligoamnios — grande citerne généralement < 2 cm |
| Signe de gravité additionnel | Vessie du donneur non visible |
| Classification | Classification de Quintero, stades I à V |
| Rythme de surveillance | Échographie toutes les 2 semaines à partir de 16 SA, en lien avec un centre de médecine fœtale |
| Traitement de référence des formes significatives | Photocoagulation laser des anastomoses placentaires (centre spécialisé) |
| Adressage | CPDPN ou centre de médecine fœtale dès suspicion diagnostique |
| Suivi d’un STT confirmé | Assuré exclusivement en centre spécialisé, non en cabinet de ville |
Ces repères s’appuient sur la littérature de référence en médecine fœtale et les pratiques des centres spécialisés français. Ils ne se substituent pas à une évaluation individualisée, réalisée par l’équipe qui vous suit.
Où réaliser une échographie de grossesse gémellaire à Boulogne-Billancourt ?
Je réalise les échographies de grossesse gémellaire du 1er, 2e et 3e trimestre, ainsi que les contrôles de croissance, au Centre d’Échographie du Château, 134 rue du Château, à Boulogne-Billancourt. En tant que sage-femme échographiste titulaire du D.I.U. d’échographie gynécologique et obstétricale (Université Paris V, parcours Necker) et membre du Conseil d’Administration du CFEF, j’accorde une attention particulière à la détermination de la chorionicité au 1er trimestre : c’est elle qui identifie les grossesses monochoriales et permet d’organiser sans délai la surveillance spécialisée qu’elles justifient. En revanche, la surveillance rapprochée qui permet le dépistage du syndrome transfuseur-transfusé, comme le suivi d’un STT confirmé, relève d’un centre spécialisé : ce n’est pas un suivi assuré en cabinet de ville, et mon rôle se limite ici à informer et à orienter. Le cabinet est facilement accessible en métro, par la ligne 9 (station Marcel Sembat) et par la ligne 10 (station Jean Jaurès, au pied du cabinet).
Questions fréquentes
Le syndrome transfuseur-transfusé peut-il être prévenu ?
Non, il ne se prévient pas : il résulte de la configuration vasculaire du placenta, qui n’est pas modifiable. C’est pourquoi la surveillance échographique rapprochée des grossesses monochoriales vise le dépistage précoce plutôt que la prévention.
Toutes les grossesses monochoriales développent-elles ce syndrome ?
Non. La majorité des grossesses monochoriales évoluent sans STT. La surveillance renforcée mise en place systématiquement pour ce type de grossesse permet justement de rassurer à chaque rendez-vous lorsque les deux quantités de liquide amniotique restent équilibrées.
Un écart de poids entre les deux jumeaux signifie-t-il un syndrome transfuseur-transfusé ?
Pas nécessairement. Une discordance de croissance peut exister indépendamment d’un STT. C’est la combinaison avec un déséquilibre marqué du liquide amniotique entre les deux poches qui oriente spécifiquement vers ce diagnostic, et c’est pourquoi les deux paramètres sont examinés ensemble.
Le suivi d’un syndrome transfuseur-transfusé peut-il se faire en cabinet de ville ?
Non. L’orientation vers un CPDPN ou un centre de médecine fœtale intervient dès la suspicion du diagnostic, quel que soit le stade envisagé, et c’est cette équipe spécialisée qui confirme le stade, détermine la prise en charge et assure ensuite l’intégralité de la surveillance.
Le syndrome transfuseur-transfusé peut-il survenir après 26 SA ?
C’est plus rare, mais possible. C’est pourquoi la surveillance rapprochée des grossesses monochoriales se poursuit tout au long de la grossesse, et non uniquement pendant la fenêtre où le syndrome survient le plus fréquemment.
La photocoagulation laser est-elle systématique en cas de syndrome transfuseur-transfusé ?
Non, elle est réservée aux formes significatives, après confirmation du diagnostic et du stade par l’équipe spécialisée. C’est cette équipe qui évalue, au cas par cas, la prise en charge la plus adaptée à la situation précise de la grossesse.
Vous attendez des jumeaux et souhaitez faire le point sur votre suivi échographique, à commencer par la détermination de la chorionicité au 1er trimestre ? Je vous reçois au Centre d’Échographie du Château à Boulogne-Billancourt. Prenez rendez-vous directement sur Doctolib.
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Article rédigé par
Joséphine Busson
Sage-femme échographiste au Centre d'Échographie du Château à Boulogne-Billancourt, diplômée du D.I.U. d'échographie gynécologique et obstétricale Paris V / Necker, membre du Conseil d'Administration du CFEF.
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